Par Elodie

© photo C. Mauffroid
Cette année, nous avons eu la chance de recevoir un auteur de manhua (bande dessinée chinoise) sur le festival. Publié aux Éditions Xiao Pan, ce jeune auteur venu de Wuhan dans la province du Hubei (jumelée avec l’Aquitaine) s’est prêté à une interview pendant le festival, entre deux dédicaces. Rencontre.
Comment êtes-vous devenu auteur de manhua ?
J’aime lire des manhuas depuis que je suis petit. J’étais étudiant en design, mais j’ai voulu réaliser mon rêve en devenant auteur de manhua, car cette idée me trottait dans la tête depuis longtemps.
Vous avez travaillé dans l’animation avant de vous lancer dans la bd. Pourquoi avoir changé de médium ?
J’ai travaillé dans une société spécialisée dans la 3D et les jeux vidéos, mais l’envie de devenir dessinateur était la plus forte. Je pense que le rêve de chacun devient très difficile à atteindre dès lors qu’on ne l’a pas réalisé avant ses 30 ans. C’est pourquoi je me suis lancé sur cette voie.
Vous avez collaboré à l’ouvrage collectif Les chroniques de Pékin qui évoque la vie dans la capitale lors des préparatifs des JO 2008.
Pouvez-vous nous parler de votre travail sur ce recueil ?
Ce travail a été très enrichissant pour nous tous, car les éditeurs chinois ne publient que des manhuas inspirés du style japonais qui ont beaucoup de succès en Chine. Ils ont peur de s’attaquer à des sujets différents. Mes histoires parlent des migrants ou des gens du peuple, les éditeurs n’osent donc pas les publier.
Est-ce que cela a été enrichissant de pouvoir travailler avec d’autres auteurs ? De voir leur travail ?
C’est toujours intéressant de rencontrer d’autres auteurs. Pour cet ouvrage, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Mais comme c’est un recueil et que nous avions à réaliser chacun une histoire, nous avons planché sur notre propre projet seul.
Votre ouvrage Le repos de la baleine décrit un univers étrange, très éloigné du nôtre. Vous avez cherché à créer un véritable univers autour du personnage principal, un monde onirique. Quels sentiments vouliez-vous transmettre au lecteur à travers cette histoire ?
Je voulais créer une ambiance “nostalgique”. Comme c’est mon premier manhua (NdT: Les Chroniques de Pékin sont un recueil regroupant plusieurs artistes), je ne sais pas si j’ai pu transmettre ce que je voulais au public. J’ai dessiné à propos d’une certaine époque de l’histoire chinoise, où la vie et le quotidien des étudiants était différente. Il y a donc des clins d’œil comme le costume vert du héros et les étoiles rouges. Ce que j’ai voulu dire dans cette histoire est assez métaphorique. Une fois diplômé, certains étudiants deviennent des poissons car ils savent s’adapter à la société, contrairement au héros qui garde ainsi sa propre originalité.
Vous avez utilisé pour ce titre des teintes pastel et des crayons de couleur, ce qui est très original. Comment expliquez-vous ce choix ?
J’ai essayé avec les crayons de couleur mais je n’arrivais pas à représenter ce que je voulais, tandis qu’avec les pastels, je peux revenir sur mon dessin plusieurs fois et obtenir ce que je veux vraiment, un peu comme une sculpture.
Quelles sont vos sources d’inspiration dans votre travail ?
Mes sources d’inspiration sont plutôt des faits réels, des situations déjà vécues. Par exemple, en page 2, j’ai représenté le quartier où je vivais enfant, et le bus qui finit sur le toit est une anecdote qui est vraiment arrivée. Sinon je lis des livres de référence sur l’architecture traditionnelle, que j’aime beaucoup, et aussi des bandes dessinées occidentales qui sont très attractives.
Lisez-vous beaucoup de mangas ou de manhuas ? Quels sont ceux que vous aimez ?
Je lis beaucoup de mangas japonais à succès comme Dragon Ball Z, mais j’aime aussi le style des bandes dessinées occidentales. Les dessins sont originaux et les histoires sont bien travaillées.
Quels sont vos projets futurs ? Travaillez-vous sur un autre projet de BD ?
Je travaille sur un autre projet, toujours sur la même thématique, c’est à dire des sujets de société, sur les gens du peuple et sur ma province, le Hubei. Mais pour le moment il s’agit juste d’ébauches. J’ai aussi un blog où je mets en ligne des dessins.
© photos Élodie Barthélémy
Vous avez participé jeudi à la journée de la bande dessinée chinoise organisée par le lycée Montaigne (Bordeaux), puis au festival Animasia ici, à Pessac. Comment avez-vous trouvé l’accueil qui vous a été réservé par les lycéens et les festivaliers ? Que retenez-vous de votre venue en France ?
L’environnement, la verdure, l’architecture et surtout l’accueil des gens m’ont impressionné. Je suis logé dans une famille française où je suis très bien reçu. Je suis agréablement surpris de l’accueil que m’ont réservé les lycéens et les visiteurs du festival Animasia, car comme je ne suis pas publié en Chine, je ne sais pas si mon style plaît ou non, je n’avais pas de retour sur mon travail, Je craignais de ne pas être compris, car certaines connotations ne sont pas toujours compréhensibles pour un lecteur occidental qui ne connaît pas toujours la société chinoise et ses caractéristiques. Je suis donc ravi de voir que les gens s’intéressent à ce que je fais, au-delà des différences de culture.
Pensez-vous vous inspirer de la France pour un futur projet ?
Pourquoi pas ? Réaliser un manga sur la France est un beau projet, mais je dois d’abord trouver une idée concrète !
Bibliographie de ZOU Jian :
Chroniques de Pékin, tome 1(collectif) - 18 €
Le Repos de la Baleine, tome 1 -12,5 €
Publiés aux Éditions Xiao Pan
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Questions : Katia Dubois et Claire Péraud.
Traduction : Élodie Barthélémy et Yin Hao.
Un grand merci à Patrick Abry des éditions Xiao Pan.
Pour en savoir plus :
Éditions Xiao Pan
Blog de Zou Jian (en chinois)
En savoir plus sur les manhuas








